Mini-conférence

Lionel Fortin (0011), historien et auteur.

Aux membres de la grande famille Fortin Bonjour,

   Bien que la paroisse Saint-Cyprien-de-Napierville ait été fondée officiellement en 1823, son histoire débute 33 ans plus tôt quand le propriétaire de la seigneurie De Léry, le général Gabriel Christie, commence à concéder des lots sur le territoire en juin et juillet 1790. Par la suite, la population ne cessera de s’accroître si bien qu’en 1821, l’évêque de Québec, Mgr Plessis va consentir à la création de la mission de Saint-Cyprien, mission qui deviendra une paroisse autonome le 1er janvier 1823. Pour répondre aux besoins du culte et au logement du curé, une chapelle-presbytère est d’abord construite en 1823-1825. C’est 20 ans plus tard, soit en 1844-1845, que les paroissiens entreprennent la construction d’une première église de style néo-gothique qui sera bénite le 3 octobre 1847. Ce temple fera par la suite l’objet d’embellissement et d’améliorations constantes au cours des 42 ans qui vont suivre jusqu’à son incendie survenu le 5 décembre 1886. Malgré que le feu ait détruit l’intérieur de l’église, ses murs de pierre sont demeurés intacts et ils ont servi de base à l’église actuelle qui a été reconstruite au cours de 1887-1888 selon les plans des architectes Maurice Perrault et Albert Mesnard. Quant au décor ornemental de l’église actuelle, il date de 1920 et il est l’oeuvre de l’architecte Joseph-Henri Caron et de la compagnie de maîtres-décorateurs Gariépy. Par ailleurs, l’orgue que nous venons d’entendre jouer a été acheté en 1908 de la maison J.E. Pépin de Montréal. Mentionnons que l’église est dotée d’une seule cloche qui a été coulée en 1889 dans une fonderie de Londres, en Angleterre.

  J’aimerais ici vous dire un mot du caveau de l’église qui cachait un secret bien gardé jusqu’à ce que j’entreprenne des recherches qui m’ont conduit à la publication d’un livre-souvenir à l’occasion des 175 ans de la paroisse en 1998. En effet, j’ai découvert que 297 défunts y ont été inhumés entre 1845 et 1932, dont entre autres deux anciens curés, une dizaine de Patriotes de 1837-1838, plusieurs ex-maires de Saint-Cyprien ou de Napierville et notamment Christophe Fortin et son épouse Olive Fortin, un couple de pionniers dont je vais vous parler à l’instant. 

   Sur le plan civil, deux municipalités coexistent sur le territoire Napiervillois depuis plus
de 130 ans, soit la municipalité de la paroisse Saint-Cyprien-de-Napierville fondée en 1855 et la municipalité du village de Napierville fondée en 1873. Dans l’une ou l’autre de ces municipalités, les Fortin peuvent s’enorgueillir d’avoir joué un rôle prédominant. En effet, au cours de son histoire, la municipalité de la paroisse Saint-Cyprien a été dirigée par deux maires Fortin et 25 conseillers portant ce nom de famille tandis que le village de Napierville a eu un maire Fortin et 29 conseillers portant ce patronyme. Les Fortin ont aussi été actifs
au niveau de la Commission scolaire locale qui a existé de 1845 à 1972 avec un président et 10 commissaires d’écoles.
 
   Parmi les Fortin qui ont fait leur marque en ces lieux, il m’apparaît intéressant de vous faire connaître deux personnalités en vous présentant une petite biographie.
 
   D’abord, je veux vous parler de Christophe Fortin qui est né à la Petite Rivière St-François le 28 septembre 1774 et qui a été le premier Fortin à venir s’installer dès 1801 sur le territoire de Saint-Cyprien-de-Napierville. Bien qu’il soit de la souche de Jacques Fortin de la Baie Saint-Paul, c’est de Saint-Joachim de Montmorency qu’il est parti en compagnie de son cousin Pierre Paré pour venir défricher et cultiver une terre de 2 arpents de largeur sur 26 arpents de profondeur à Napierville. Cette terre sera par la suite transmise de père en fils pendant six générations et elle est encore de nos jours la propriété des descendants de Christophe Fortin. Lorsque nous passerons tantôt devant le 475 Rang des Patriotes, nous nous trouverons alors sur la terre de ce pionnier. Christophe Fortin est considéré comme l’un des fondateurs de la paroisse Saint-Cyprien-de-Napierville, à titre de signataire de la requête présentée à l’évêque de Québec dans le but d’ériger cette paroisse. Il a été marguillier dans les premières années de fonctionnement de la Fabrique paroissiale en 1825-1827. Mentionnons que Christophe Fortin s’est aussi impliqué dans l’organisation de la milice à titre de capitaine en 1830 du 1er Bataillon du comté de L’Acadie, devenu en 1845 le 3e Bataillon du comté de Huntingdon. Par la suite, il monta en grade en 1847 en étant promu major du 1er Bataillon de Napierville. Christophe Fortin est décédé le 21 décembre 1854 à l’âge de 80 ans. Il fut inhumé le 23 décembre suivant dans le caveau de l’église. Il est à souligner que Christophe Fortin s’était marié deux fois. En premières noces, il avait épousé à L’Acadie en 1802 Marie Thibodeau dont il eut deux fils. À la suite du décès de Marie Thibodeau en 1806, Christophe Fortin se remarie à L’Acadie en 1807 avec sa Cousine Olive Fortin dont il aura deux fils et huit filles. Les descendants de Christophe Fortin qui sont issus de la souche de l’ancêtre Jacques Fortin, fils de nos ancêtres communs Julien Fortin et Geneviève Gamache sont nombreux dans la région du Haut-Richelieu puisque sur douze enfants, onze se sont mariés et qu’ils ont eu eux-mêmes plusieurs enfants.
 
   Par ailleurs, la souche de l’ancêtre Joseph Fortin (marié à Agnès Cloutier) – un autre fils de Julien Fortin et de Geneviève Gamache – est également largement représentée à Saint-Cyprien et à Napierville. En effet, trois frères originaires de Saint-Joachim de Montmorency qui s’appelaient Pierre, Vital et Robert Fortin, ainsi que deux de leurs neveux, soit Jérémie et Lazare, également de Saint-Joachim sont venus s’établir sur des terres à Saint-Cyprien-de-Napierville entre 1837 et 1848.
 
   À l’exception de Robert Fortin, l’un des trois frères, décédé sans enfant seulement quelques mois après son mariage, tous les autres Fortin ont eu une nombreuse descendance qui s’est perpétuée jusqu’à maintenant.
 
   Parmi les Fortin issus de la lignée de Joseph fils de Julien, j’aimerais vous présenter
mon arrière-grand-père, Joseph Fortin qui a été maire de Saint-Cyprien-de-Napierville
de 1905 à 1907. Né dans cette même localité le 30 novembre 1848 de l’union de Jérémie Fortin et d’Anastasie Paré qui s’étaient mariés neuf mois plus tôt à Saint-Joachim de Montmorency le 22 février 1848, Joseph Fortin fait ses études primaires dans sa paroisse natale, à l’école du rang Double. Puis, en 1870 il unit sa destinée à Émilie Ménard, une voisine qu’il connaît depuis l’enfance. Dix enfants naîtront de leur union, soit sept filles et trois fils. Joseph Fortin est agriculteur sur une ferme à Saint-Cyprien-de-Napierville. Cependant comme beaucoup de Québécois au dix-neuvième (19e) siècle, il est attiré par les perspectives de gains rapides qu’offrent les États-Unis à cette époque. À trois reprises, il s’y rend tenter sa chance. D’abord, en Californie, dans la région de San Francisco, où il est au service d’un riche fermier, puis à Central Falls, dans l’État de Rhode Island où il travaille comme ouvrier dans des usines. Au cours de l’année 1900, après dix ans d’exil, il revient définitivement au Québec pour reprendre la culture de sa ferme à Saint-Cyprien, qu’il avait louée à l’un de ses frères durant son séjour en terre américaine.
 
   Joseph Fortin était reconnu pour être un leader naturel. Il avait rempli à quelques reprises le poste d’inspecteur municipal à la satisfaction générale. Ses concitoyens le sollicite donc pour les représenter au conseil municipal de Saint-Cyprien. Il accepte et il est d’abord élu conseiller le 11 janvier 1904. Un an plus tard, le 6 février 1905 il est nommé maire de la municipalité. Il devient ainsi le 17e maire de Saint-Cyprien-de-Napierville. Son mandat de deux ans devait être très fructueux pour l’avenir de la localité. En effet, depuis plus de 30 ans, les administrateurs municipaux du village de Napierville et de la paroisse Saint-Cyprien tentaient, mais sans succès, de faire passer un réseau de raccordement ferroviaire sur leur territoire afin de favoriser l’exportation des produits agricoles, de stimuler le commerce et de faciliter le transport des voyageurs. En avril 1906, le maire Joseph Fortin et ses conseillers décident de relancer le projet et de se joindre au conseil municipal du village pour offrir une subvention de 5 000 $ par municipalité, soit 10 000 $ en tout à la compagnie qui consentirait à construire ce chemin de fer. L’offre est finalement relevée par un groupe d’hommes d’affaires de Montréal et la « Napierville Junction Company »; est mise sur pied. Le maire Fortin fait alors adopter par le conseil municipal le 3 juillet 1906 un règlement d’emprunt de 5 000 $ qui correspond à la prime promise à la nouvelle compagnie ferroviaire. Les contribuables se montrent unanimement favorables à cet emprunt lors d’un référendum tenu le 30 juillet 1906. La construction de la voie ferrée débute peu après au cours de l’automne 1906. Quelques mois plus tard, tel que prévu à la
loi, Joseph Fortin termine son mandat de deux ans à la mairie le 4 février 1907. Il a cependant le sentiment du devoir accompli puisque la ligne de chemin de fer qu’il a contribué à faire arriver à Napierville entre en activité trois mois plus tard, soit le 19 mai 1907. Joseph Fortin sera également marguillier de la paroisse Saint-Cyprien de 1913 à 1915. Mon arrière-grand-père Joseph Fortin est décédé le 23 juillet 1945 à l’Hôpital général de Montréal. Il avait 96 ans. Comme tous mes ancêtres Fortin, il repose au cimetière paroissial qui se trouve en diagonale avec l’église.
 
   Je pourrais vous parler encore longuement de l’histoire des Fortin en lien avec celle de Saint-Cyprien et de Napierville. Mais il me faut m’arrêter ici car 15 minutes c’est bien vite passé! Alors je vous remercie pour votre attention et je vous souhaite un bon séjour
dans le Haut-Richelieu.